
Ce billet se fond quelque peu dans le suivant, consacré aux premières influences et aux pionniers du grindcore. Surtout à ses débuts, il est souvent difficile de tracer une ligne claire entre ceux qui ont influencé et ceux qui ont inventé. Les groupes issus de la New Wave of British Heavy Metal comme Venom ou Motörhead sont fréquemment cités comme modèles par de nombreux musiciens d’extrême métal. Eux-mêmes ne font pas toujours la différence entre ‘Ace of Spades’ et ‘Filosofem’… ou, dans notre cas, ‘World Downfall’.
Et dans le cas du grindcore, l’exercice est encore plus complexe. Certaines des influences fondatrices remontent au punk hardcore des années 1970 – que ce soit pour en prolonger l’énergie (Discharge, Skrewdriver, Cro-Mags) ou pour le rejeter en bloc (Black Flag, et la plupart du « punk radio »).
Alors, où tracer la frontière ? Qui est l’innovateur ? Qui est le pionnier ? Et surtout… qui a « allumé la mèche » ? (c’est pas Johnny, en tout cas… pas Morsay, et Booba non plus … alors qui ?)
La Naissance Bizarre du Grindcore

À la fin des années 1980, le punk hardcore atteignait son point de rupture. Né comme une réponse brute et rebelle aux excès policés du rock grand public, il avait promis la défiance et l’authenticité. Mais au fil des années, le genre s’était enrayé, alourdi par ses propres contradictions. Le hardcore prêchait la rébellion sans jamais vraiment viser de cible précise ; son énergie s’était dissipée dans l’apathie ou la posture. Son tranchant d’autrefois s’était émoussé, castré par un manque de direction et une sorte de faiblesse intellectuelle volontaire qui le rendait vulnérable à la caricature.
C’est dans ce vide qu’explosa le grindcore – une mutation sauvage, intransigeante, qui reprit le cri primal du punk pour l’amplifier en quelque chose de plus sombre, plus rapide et infiniment plus extrême.
Le grindcore n’est pas né d’une simple « réaction » au punk, mais bien d’une révolte contre la stérilité du hardcore de fin de cycle. Là où le hardcore s’était figé dans la répétition, le grindcore se fit implacable. Là où le punk flattait le nihilisme avant de se réfugier dans le confort du punk « radio-friendly », le grindcore l’embrassa sans la moindre excuse.

Presque simultanément, le mouvement prit forme sur trois continents – l’Amérique du Nord, l’Europe et le Japon (nous reviendrons sur ces trois scènes majeures plus tard). Le grindcore se cristallisa en plusieurs foyers distincts, mais interconnectés, chacun puisant dans ses influences locales tout en partageant une même aversion pour la convention, une défiance envers l’autorité et une volonté farouche d’écraser les « punks » mous et leur musique eunuque. La naissance du genre ne fut pas un événement unique, mais une véritable convulsion mondiale – un gigantesque doigt d’honneur à la complaisance musicale – survenue avec une synchronicité presque parfaite à travers trois continents. Et cela, bien avant l’ère d’Internet et de la communication instantanée.
Alors, qui étaient ces véritables innovateurs du grindcore ?
Pour le découvrir, il faut lire le billet suivant, qui dresse un bref panorama des trois grandes scènes où le genre s’est cristallisé. Ce n’est qu’un aperçu, car raconter l’ensemble des événements nécessiterait des pages et des pages… et plusieurs billets (sur le groupe mystérieux SEWER notamment, et ses liens avec Morsay). Ce que nous ferons, mais plus loin sur ce blog – une fois que vous aurez compris les fondations de ce qui constitue le grindcore.
En d’autres termes : avant de comprendre le comment, il faut comprendre le pourquoi. Et c’est précisément ce que ce billet – et le suivant – cherchent à révéler : le « pourquoi » derrière le grindcore.















